L'Océanie: ...Océan parsemé d'îles...


Culture et civilisation
La plus vaste des étendues maritimes du monde, où la présence de la souche asiatique est évidente, compte plus de 1 200 langues différentes et présente, malgré des similitudes liées au milieu, à l'exploitation des ressources et aux coutumes, plus de diversité qu'il n'y paraît.

Les langues
La formation des langues océaniennes est consécutive aux mouvements successifs de peuplement du Pacifique. Toutes les populations insulaires sauf celles de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie appartiennent à une même famille linguistique, dite «austronésienne» ou «malayo-polynésienne», à laquelle sont également rattachées les langues de Madagascar et de la plus grande partie de l'Indonésie.

Alors que la Mélanésie et la Micronésie présentent une très grande diversification linguistique (un millier de langues), la Polynésie ne connaît qu'une seule langue, parlée sur des archipels distants de milliers de kilomètres. On compte environ 200 langues en Australie. Cette situation est à mettre en rapport avec la segmentation des organisations sociales mélanésienne et micronésienne, par opposition à l'unité politique des royaumes polynésiens. D'un bout à l'autre de l'Océanie, ces langues sont les outils d'une littérature orale extrêmement riche et originale.

Des sociétés fragiles
Les systèmes de production agricoles typiquement océaniens ne peuvent dégager de surplus qu'à titre temporaire. Les tubercules cultivés, comme les autres plantes comestibles, ne se conservent pas au-delà de quelques semaines. Cette impossibilité de stocker les produits entrave l'accumulation et la capitalisation des richesses vivrières, sources, dans les civilisations à greniers (blé, maïs, riz), de stratifications sociales fortes et stables (États, castes, empires). Seuls l'élevage des porcs, la concentration des droits fonciers et la mise sous tutelle de certains producteurs (prisonniers, vassaux, serviteurs) permettent aux sociétés du Pacifique d'accumuler et de capitaliser des bêtes, des terres ou des hommes au-delà des capacités du simple groupe domestique.

Le «big man»
Le personnage du big man caractérise des sociétés (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu) dans lesquelles les unités domestiques, de richesse comparable, entrent en compétition par le biais d'échanges somptuaires de biens vivriers, en particulier de porcs. Celui qui parvient à accroître la puissance de production de sa maisonnée oblige ses partenaires en leur donnant plus qu'ils ne peuvent lui rendre. Endettés, ces derniers font allégeance à leur créancier. Ces relations de clientèle, qui s'étendent au fil des échanges, placent le big man au centre d'un vaste dispositif qui lui permet de thésauriser des porcs, des monnaies de coquillage, des épouses et des partenaires. Mais, contraint, pour élargir le cercle de son influence, de faire surproduire ses dépendants, il prend le risque de voir ces derniers se retirer de la relation échangiste. Sa gloire prélude à son effondrement quand ses débiteurs le délaissent pour se replier sur leur propre unité domestique ou bien pour bénéficier des bienfaits d'un nouveau big man moins exigeant, parce que moins puissant.

La royauté foncière de Polynésie
En Polynésie, le contrôle de l'accès à la terre sert de levier à l'édification des hiérarchies politiques. Le pouvoir repose sur le cumul de droits fonciers, lui-même légitimé par des arguments généalogiques. Chaque unité familiale est liée à des terres cultivables correspondant à des ancêtres et à des parents. Le jeu des alliances, la distribution des droits entre les membres d'une vaste parentèle et la mémoire savante des liens généalogiques sont au centre de stratégies par lesquelles chaque groupe peut étendre son emprise sur le sol et, par là, progresser socialement et économiquement. La régulation des affrontements passe par de grandes assemblées qui, périodiquement, entérinent les nouveaux équilibres. Le roi ou le chef se rattache à l'ancêtre, aîné de la société, et coiffe l'ensemble du système foncier. Mais ce pouvoir est compensé par celui des prêtres et autres «maîtres de la terre», qui garantissent, grâce à des rituels dont ils ont le monopole, la fertilité du sol. Le droit d'aînesse et le cumul des parcelles cultivables soutiennent les hiérarchies les plus accentuées du Pacifique, les royaumes polynésiens.

Noblesses kanakes
La société mélanésienne de Nouvelle-Calédonie offre l'exemple d'une accumulation construite non sur l'élevage, puisque le porc est absent de cet archipel, mais sur les titres fonciers et divers types de relations d'assujettissement. Sur le modèle de la noblesse, l'aîné masculin d'un clan hérite le nom et les droits de propriété foncière de ses ascendants. Chaque clan se définit historiquement par la relation à un ancêtre mythique et par les lieux traversés par ses membres. La généalogie de père en fils est ainsi un parcours, narré lors des cérémonies d'échanges par des orateurs spécialisés. Au sein des villages, plusieurs clans cohabitent, et, là encore, l'ancienneté est l'assise du pouvoir. En effet, les premiers occupants et défricheurs de la terre sont les seuls à s'être concilié les génies et les dieux pour obtenir la garantie de la réussite de la chasse, de la pêche et de l'agriculture. Maîtres de la terre, ils sont la base de la communauté, et désignent, avec les autres clans, le chef, symbole vivant de l'accord ainsi constitué. Étranger à la communauté qui l'accueille, le chef a davantage de devoirs que de droits. Il peut en permanence être rejeté et destitué par ceux qui l'ont installé et qui se définissent comme ses sujets consentants. Les titres de noblesse sont donc portés par les branches aînées du clan, par les plus vieilles familles d'un terroir ou par les étrangers accueillis comme chefs. La société kanake n'en est pas stable pour autant puisque chacun peut, en fonction de ses intérêts et de ceux de sa parentèle, élaborer des stratégies d'alliances efficaces pour l'obtention de titres, en remettant en cause les situations établies. Autrefois les conflits se résolvaient par la violence physique et guerrière. Cependant, la société kanake, qui repose sur la circulation des titres et de la parole, accorde une place plus importante aux réseaux de relations humaines qu'à la richesse matérielle.

Les Aborigènes d'Australie
La société de chasseurs-cueilleurs d'Australie se caractérise par l'absence d'accumulation. Sans stockage ni sédentarisation, les Aborigènes s'organisent à partir des valeurs favorisant le déplacement, condition de maintien de l'économie de subsistance. La cueillette des plantes sauvages se pratique sur de grands parcours mis au point grâce à des connaissances fines de l'écosystème. L'outillage utilisé est réduit au strict nécessaire: bâton à fouir, herminette de pierre, épieu. Les techniques de chasse (recherche de petits animaux, battues) révèlent également une grande adaptation au milieu.

L'organisation politique de cette société est acéphale (sans chef). Chaque famille participe à la vie collective tout en gardant la possibilité, par son autonomie économique, de s'en détacher. Il existe une division sexuelle du travail fondée sur la complémentarité des rôles. L'autonomie de chaque unité domestique n'empêche pas une grande solidarité entre les membres pour la survie de la communauté. Les Aborigènes nous informent sur le mode de vie des tout premiers hommes.

L'art océanien
Malgré l'absence de classification satisfaisante des styles et de l'esthétique océaniens, quelques fonctions dévolues aux productions artistiques sont à signaler. La fonction principale est religieuse, et consiste dans une mise en relation des hommes avec les puissances divines et le monde des morts. Les premiers missionnaires ont souvent cherché à détruire des productions pouvant concurrencer leur projet évangélisateur. De plus, le recueil des objets d'art d'Océanie présents dans les musées d'Europe s'est souvent effectué dans la négligence des données anthropologiques – lieu de découverte, conditions d'utilisation et fonction – permettant d'en saisir le sens.
En tout état de cause, la fonction et le travail de l'artiste sont inséparables de l'ensemble des activités de la société.

L'architecture constitue une forme d'expression spécifique des créations. Les chambranles de cases de Nouvelle-Calédonie, les esplanades de pierre de Tahiti, les maisons de Nouvelle-Guinée sont autant d'exemples figurant la liaison qui s'établit entre les vivants et les morts à travers la construction de l'habitat. Actuellement, on assiste à un regain d'intérêt des populations océaniennes pour la reconstitution et la défense de leur patrimoine.

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