L'Océanie: ...Océan parsemé d'îles...
La découverte du Pacifique par les Européens
L'océan Pacifique resta inconnu du monde européen jusqu'au XVIe siècle, bien que Ptolémée eût déjà imaginé pouvoir découvrir dans l'hémisphère Sud la copie en symétrie des continents de l'hémisphère Nord: la Terra australis incognita
De nombreuses découvertes espagnoles demeurent inconnues des autres nations pendant cent cinquante ans, en raison de l'imprécision des calculs de la position des îles et, surtout, du souci de maintenir secrètes ces informations stratégiques.
Dans la lutte entre puissances maritimes européennes, les Hollandais prennent aux Espagnols les Moluques, reconnaissent la Nouvelle-Guinée (1605) et l'Australie (1619), fondent Batavia (Djakarta) en 1619. En 1642, Abel Tasman rallie l'actuelle Tasmanie, découvre la Nouvelle-Zélande, puis établit l'insularité de l'Australie. En allant vers le nord, il révèle l'existence des Tonga, des Fidji, puis rejoint Batavia. Enfin, un autre Hollandais, Jacob Roggeveen, découvre, le 14 avril 1722, l'île «du jour de Pâques».
Les explorations de la seconde moitié du XVIIIe siècle
L'esprit des Lumières attisa les désirs d'exploration qui réunirent savants et navigateurs sur les mêmes bateaux. Après 1750, les progrès en horlogerie marine et en chronométrie entraînèrent l'utilisation de sextants fiables et l'établissement d'une cartographie précise. Des bâtiments de plus fort tonnage et le traitement du scorbut permirent aussi d'augmenter la durée des expéditions.
Le voyage de Bougainville (1766-1769) contribua surtout à fonder le mythe du paradis enchanteur de Tahiti, habité par les «sauvages naturellement bons», duquel naquit une double motivation: pour les explorateurs, habiter le paradis sur Terre, et, pour les ecclésiastiques, évangéliser ces dignes descendants d'Adam et Ève qui ignoraient encore Dieu.
C'est James Cook qui fit faire les plus grands progrès à la connaissance géographique. Lors de son premier voyage (1768-1771), il explora la Nouvelle-Zélande dans sa totalité et visita la côte ouest de l'Australie. Son deuxième voyage (1772-1775) l'amena aux limites de la banquise antarctique, ruinant ainsi l'hypothèse d'un continent austral. Il revisita les Tonga, l'île de Pâques et découvrit la Nouvelle-Calédonie. Le mérite lui revient également d'avoir établi des contacts amicaux avec les habitants de ces îles et d'en avoir rapporté des descriptions et des témoignages précieux. Malgré les voyages de Béring, l'extrême nord-ouest du Pacifique restait inconnu, ce qui suscita le troisième voyage de Cook (1776-1779). À Noël 1777, il découvrit les îles Christmas, l'archipel d'Hawaii et les îles Sandwich. L'hiver passé, il y revint mais fut tué par les autochtones. À l'issue de ce troisième voyage, la carte de l'Océanie était dressée dans sa quasi-totalité.
Vers le partage (XIXe siècle-début XXe siècle)
À cette date, si l'exploitation commerciale de l'Océanie s'intensifie, elle n'est pas le motif principal de colonisation. Chaque pays d'Europe cherche à se constituer un empire outre-mer en défendant des intérêts religieux et politico-économiques. Au milieu du XVIIIe siècle, le partage de l'Océanie s'ordonne sous la férule des Églises. Les protestants soutiennent l'Angleterre, les catholiques la France. En 1853, sous Napoléon III, la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie a pour motifs d'empêcher le Royaume-Uni de se l'approprier, de réserver à l'Église catholique une population à évangéliser, et d'ouvrir un nouveau bagne.
Avec la fondation de Sydney en 1787-1788 par Arthur Phillip, qui y amène le premier convoi de convicts (condamnés), l'Océanie devient l'espace où l'Europe, en proie à un regain de contestation politique et sociale, relègue ses fauteurs de trouble: l'Angleterre y expédie ses convicts, la France ses bagnards et ses «relégués», dont les communards, tandis que les Pays-Bas utilisent la Nouvelle-Guinée comme lieu de déportation.
La mainmise religieuse et politique est renforcée par l'arrivée des premiers colons venus faire fortune et s'établir sur des terres allouées par les États conquérants. L'exploitation économique de l'Océanie repose sur la chasse aux troupeaux de baleines, basée à Hawaii, et l'abattage du bois de santal aux îles Loyauté et en Nouvelle-Calédonie. Il fallut attendre 1840-1850 c'est-à-dire le temps du partage colonial de l'Océanie entre l'Allemagne (Marshall, Carolines et Mariannes), la France (Polynésie, Nouvelle-Calédonie), l'Angleterre (Australie, Nouvelle-Zélande) et les États-Unis (Micronésie) pour que des tentatives de mise en valeur des îles soient envisagées.
Dès cette époque, les économies traditionnelles sont atteintes dans leurs fondements. Utilisées comme main-d'œuvre bon marché, ou enfermées dans des réserves, les populations autochtones sont menacées de disparition physique et culturelle.
La montée en puissance des pays riverains (XXe siècle)
Globalement, la puissance croissante des pays riverains du Pacifique va porter ombrage à l'impérialisme des pays européens. Le Japon s'affirme ainsi contre la Chine (1894-1895) et la Russie (1904-1905). Les États-Unis éliminent l'Espagne de la région en conquérant les Philippines et Guam, puis en annexant Hawaii, tandis que l'Australie et la Nouvelle-Zélande s'émancipent de la tutelle britannique. La Première Guerre mondiale renforcera ce mouvement au détriment de l'Allemagne; elle consacre l'hégémonie du Japon et des États-Unis, futurs adversaires au cours de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique. En même temps qu'elles scellent la fin de la guerre du Pacifique (1941-1945), les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki ouvrent la guerre froide, dont l'Océanie moderne sera aussi le théâtre. Un autre aspect des hostilités aura été de présenter aux populations colonisées leurs maîtres sous le visage de la défaite et de la concurrence. Cette nouvelle image jouera un rôle important dans les mouvements océaniens de décolonisation.
L'après-guerre: explosions et implosions
La guerre du Pacifique a confirmé la tutelle des grandes puissances, mais leur suprématie est contestée dès 1945. Les mouvements d'indépendance touchent les grands pays riverains (les Indes néerlandaises deviennent Indonésie en 1949, la Fédération de Malaysia naît en 1957 et se sépare de Singapour en 1965), et s'étendent aux îles et archipels de l'Océanie, donnant naissance à de nombreux micro-États restant souvent liés à leur ancienne puissance de rattachement.
Leur accession à l'indépendance a mis les nouveaux États au centre d'enjeux géostratégiques, notamment ceux liés aux essais nucléaires, et économiques en raison des importantes surfaces maritimes qu'ils contrôlent. L'opposition à la présence coloniale française et la recherche d'un développement économique régional sont notables.
L'arme nucléaire
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis font des îles Sandwich un centre d'expérimentation de l'arme atomique. La France, dans les années 1960, les imite sur l'îlot de Mururoa, et établit des bases militaires à Wallis-et-Futuna et en Nouvelle-Calédonie. L'URSS et la Chine utilisent également l'étendue maritime pour y faire exploser des charges nucléaires. L'Angleterre, quant à elle, préfère le désert australien. Actuellement, l'Australie, dépourvue de centrale nucléaire, met ses mines d'uranium au service de l'industrie japonaise.
Influencée par un courant d'opinion antinucléaire australien et néo-zélandais, l'ONU vote, en 1975, le projet définissant le Pacifique Sud comme zone dénucléarisée (SPNFZ), menaçant ainsi les programmes nucléaires des États-Unis et de la France. En août 1985, le traité de Rarotonga, bannissant la fabrication, l'installation et les essais d'armes nucléaires dans le Pacifique Sud, est adopté par l'ensemble des grandes puissances, excepté ces deux dernières. Par la suite, le refus de la Nouvelle-Zélande de laisser transiter des navires équipés de charges atomiques a entraîné la rupture de l'ANZUS, traité d'alliance militaire entre les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Depuis, la guerre du Golfe (1991) a démontré que ces trois pays restent cependant solidaires.
Les aléas de la politique française
Les impératifs géostratégiques qui lui imposaient de continuer ses essais nucléaires ont servi d'argument à la France pour refuser l'indépendance à la Nouvelle-Calédonie, où la revendication indépendantiste s'affirme depuis les années 1970. La position de cet archipel lui permet de contrôler les détroits où circule la marine américaine, et les grands axes maritimes commerciaux entre l'Australie, le Japon et l'Asie du Sud-Est. De fait, Paris et Canberra ont craint la naissance en «Kanaky» d'un «Cuba du Pacifique»; elles souhaitent que la stabilité et l'ordre règnent en Océanie. Après les dissensions causées par l'attentat (par les services secrets français) contre le Rainbow Warrior, bateau de l'association Greenpeace, en 1985, l'Australie a semblé accepter les essais militaires français contre la promesse d'une stabilisation politique de la Mélanésie; celle-ci est symbolisée par les accords de Matignon de 1988, qui ont ouvert une période de paix en Nouvelle-Calédonie, d'autant plus que la France a décidé en 1992 d'interrompre ses expériences nucléaires avant de les reprendre en 1995 et de stopper définitivement tous ses programmes d'essais en 1996. Ainsi l'Océanie pèse-t-elle de plus en plus dans la politique intérieure et étrangère des pays industrialisés.
L'enjeu des ressources océanes
La définition de la ZEE (zones économiques exclusives), adoptée en 1982 par les Nations unies et reconnue par les États-Unis en 1987, a ouvert aux nouveaux micro-États insulaires des sources de profits potentiels. Cependant, les technologies permettant l'exploitation de ces richesses sont possédées et maîtrisées par les pays industrialisés. Face à un trésor inaccessible, les micro-États ont trouvé une solution en vendant des droits de pêche. Les fonds marins constituent également un enjeu international; ils contiennent des minerais rares (nodules polymétalliques). Mais, actuellement, la technologie dont disposent uniquement les pays riches reste insuffisante ou trop coûteuse pour en assurer une extraction rentable.
La situation des micro-États insulaires est donc paradoxale: s'ils ont pu acquérir leur indépendance politique, ils sont restés dépendants dans les domaines économique, technique et militaire. Pour pallier ce manque d'autonomie et de force, les pays de l'Océanie se sont regroupés au sein d'organismes régionaux destinés, d'une part, à défendre leurs intérêts communs, et, d'autre part, à renouer les échanges et les liens antérieurs à la colonisation. On voit émerger une «voie Pacifique» destinée à promouvoir une identité culturelle et politique. Ainsi se profile peut-être l'ébauche d'une confédération des pays du Pacifique. Mais l'avenir de l'Océanie dépendra des futures relations entre les États insulaires et les grandes puissances mondiales.
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